Deuil périnatal après une PMA : quand la perte arrive après un long combat

Le deuil périnatal après une PMA porte parfois une fatigue invisible que peu de personnes voient de l’extérieur. Avant même la grossesse, il y a eu les trop nombreux rendez-vous médicaux, les traitements hormonaux, les échecs, les attentes interminables et la peur que cela n’arrive jamais.

Puis un jour, la grossesse est là. Après parfois des années de combat.

Et quand cette grossesse s’interrompt, beaucoup de parents décrivent une chute brutale, difficile à expliquer autour d’eux. Parce que la perte ne vient pas seulement interrompre une grossesse. Elle vient parfois fracasser tout un parcours construit dans l’attente, l’épuisement et l’espoir.

Avant même la grossesse, la PMA fait suite à un premier renoncement

Dans de nombreux parcours de PMA, un premier deuil existe déjà : celui de pouvoir concevoir spontanément, dans l’insouciance. Ce moment est rarement nommé comme un deuil, pourtant beaucoup de couples racontent avoir ressenti une profonde cassure lorsque la grossesse est devenue un projet médical.

Les couples peuvent avoir l’impression que leur intimité disparaissait progressivement derrière :

  • les protocoles ;

  • les injections ;

  • les calendriers médicaux ;

  • les prises de sang ;

  • les échographies répétées ;

  • les attentes de résultats.

Certaines femmes racontent avoir commencé à voir leur corps comme un corps médicalisé, observé, contrôlé, parfois vécu comme défaillant. La littérature scientifique montre que les parcours d’infertilité et de PMA peuvent être associés à une détresse psychologique importante, avec anxiété, épuisement émotionnel et symptômes dépressifs chez certains patients.

Un parcours PMA souvent éprouvant psychologiquement

Chaque parcours de PMA est unique. Pour certains couples, quelques mois suffiront. Pour d’autres, le parcours dure des années, avec plusieurs traitements, des échecs répétés ou des grossesses interrompues. Des parents décrivent une vie entièrement organisée autour des rendez-vous médicaux, des injections, des transferts embryonnaires et des attentes de résultats.

“Les vacances ? Les weekends ou autres moments de fêtes ? On ne se projette pas trop, priorité au protocole. C’est épuisant de ne pas pouvoir se projeter parce qu’on espère que la prochaine ponction et puis le prochain transfert d’embryon aura lieu.”

le corps devient peut se ressentir comme un “projet médical”, rythmé par les hormones, les prises de sang et la peur constante que tout s’arrête encore. Les couples peuvent avoir le sentiment d’avoir “tout donné” pour cette grossesse : leur énergie, leur temps, leur équilibre psychique, parfois même une partie de leur vie sociale ou professionnelle.

Après des années d’attente, certains couples expliquent avoir commencé à respirer à nouveau uniquement au moment du test positif. Comme si la grossesse marquait enfin la sortie d’un tunnel médical et émotionnel extrêmement long.

Cette fatigue psychique peut devenir immense avant même le début de la grossesse.

En PMA, la grossesse est connue très tôt et l’attachement commence parfois immédiatement

Dans un parcours de PMA, la grossesse est connue très tôt.

Les couples connaissent la date exacte du transfert embryonnaire, du dosage hormonal ou de la première prise de sang positive. La grossesse est suivie presque jour après jour. Cet encadrement médical très précoce peut participer à créer un attachement immédiat.

Des parents racontent avoir commencé à se projeter dès les premières semaines : ranger les traitements, regarder des prénoms ou parler discrètement au bébé avant même la première échographie officielle.

“Après un si long parcours, j’avais envie d’y croire. Le plus dur était de tomber enceinte non ? Et puis, cela semblait “trop” pour un même couple, d’enchaîner des années de PMA pour subir un arrêt de grossesse après, je ne pensais même pas que ça nous arriverait”.

Parce que cette grossesse n’arrive pas “par hasard”. Elle s’inscrit souvent dans des mois ou des années d’attente, d’espoir et de peur. Et quand la perte survient, même précocement, certains couples décrivent alors une sensation de chute brutale : le sentiment que tout ce qui avait enfin commencé à exister disparaît d’un seul coup.

Quand la perte survient après une PMA, plusieurs douleurs peuvent se superposer

Après une perte périnatale liée à une grossesse PMA, les souffrances et questionnements ressentis peuvent être “multiple”.

Il y a la perte du bébé. Mais aussi parfois :

  • la peur de ne jamais devenir parent ;

  • l’épuisement des années précédentes ;

  • la crainte de devoir recommencer un parcours lourd ;

  • la sensation que tout l’espoir accumulé s’effondre d’un coup.

Après une PMA, certaines phrases peuvent devenir insupportables

Autour des couples, certaines phrases sont parfois prononcées pour rassurer :

  • “Tu peux recommencer.”

  • “Au moins maintenant tu sais que ça peut marcher.”

  • “La médecine peut t’aider.”

Mais pour beaucoup d’entre eux ces phrases peuvent être vécues comme profondément violentes. Parce qu’elles donnent parfois l’impression que le bébé perdu pourrait être remplacé. Or, le deuil périnatal concerne un bébé réel, attendu, aimé, imaginé.

Certaines mères racontent avoir ressenti une immense colère face à l’idée qu’une nouvelle tentative pourrait “effacer” ce bébé-là. Or, la reconnaissance du vécu parental joue un rôle important dans la manière dont les parents traversent cette période.

Le couple face au deuil périnatal après une PMA

La PMA peut déjà mettre le couple sous tension avant même la grossesse. Quand une perte survient, chacun peut réagir différemment. Certaines personnes ressentent immédiatement le besoin de reparler d’un nouveau protocole, tandis que d’autres ne supportent plus l’idée d’un hôpital, d’une injection ou d’un nouvel espoir.

Des couples racontent aussi avoir traversé des moments où chacun survivait “comme il pouvait”, avec des réactions très différentes face au bébé, au corps médical ou aux décisions à prendre autour de la naissance et du deuil.

La question d’une nouvelle grossesse après la perte

Après une perte périnatale en contexte de PMA, la question d’une nouvelle grossesse peut devenir extrêmement complexe. Certaines personnes ressentent un besoin urgent de recommencer rapidement.
D’autres disent ne plus réussir à imaginer repasser par un parcours médical.

Chez certaines femmes, l’âge, le nombre limité d’embryons restants ou les contraintes médicales ajoutent une pression supplémentaire. Les émotions sont ambivalentes : désirer profondément un autre enfant tout en étant terrorisé à l’idée de revivre une nouvelle perte. Pour certaines personnes, le retour en PMA peut réveiller le traumatisme du deuil presque immédiatement : revoir les salles d’attente, reprendre les injections ou attendre une nouvelle prise de sang peut devenir émotionnellement très difficile.

Après un deuil périnatal, il n’existe pas de bon moment universel pour envisager une autre grossesse. Chaque histoire, chaque corps et chaque psychisme ont leur propre temporalité.

Quand demander de l’aide ?

Le deuil périnatal après une PMA peut provoquer une détresse psychique importante. Certaines situations méritent un accompagnement professionnel :

  • crises d’angoisse ;

  • sensation d’effondrement permanent ;

  • isolement important ;

  • troubles du sommeil ;

  • impossibilité de fonctionner au quotidien ;

  • pensées noires ;

  • peur envahissante d’une nouvelle grossesse.

La littérature scientifique montre que les pertes périnatales peuvent être associées à un risque accru de troubles anxieux, dépressifs ou de stress post-traumatique.

Une douleur encore trop souvent traversée dans le silence

Le parcours de PMA reste encore entouré de beaucoup de silence. Les traitements, l’infertilité, les attentes répétées et l’épuisement psychique sont souvent vécus dans une grande discrétion, parfois même dans l’isolement.

Le deuil périnatal l’est tout autant.

Qu’il survienne après quelques semaines de grossesse, après une FIV, une IMG, une naissance prématurée ou à terme, la perte d’un bébé bouleverse profondément les parents. Pourtant, beaucoup racontent avoir eu du mal à trouver des mots, des espaces d’écoute ou des personnes capables de comprendre la complexité de ce qu’ils traversaient. Quand une perte arrive après un parcours de PMA, plusieurs douleurs peuvent alors se superposer dans le silence : celui de l’attente, celui des traitements, celui des espoirs accumulés et celui du bébé perdu.

Traverser ces épreuves ne devrait jamais signifier devoir tout porter seul·e.

Quand cela est possible, être accompagné·e par un professionnel formé au deuil périnatal, un psychologue, une sage-femme ou une structure spécialisée peut aider à mettre des mots sur ce vécu, à retrouver un peu d’appui et à traverser cette période à ton rythme.

Si tu traverses une détresse intense ou un sentiment de danger pour toi-même, il est important de contacter rapidement un professionnel de santé, les urgences, le 3114 ou une personne de confiance.

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