“Une partie de moi est partie avec elle” : Solange témoigne après une interruption médicale de grossesse

Solange a 11 ans de vie commune avec Benjamin. Ensemble, ils ont traversé deux parcours de PMA et deux histoires profondément différentes. Il y a Valentine, leur petite fille perdue à 6 mois de grossesse, le 6 février 2023, après une interruption médicale de grossesse. Et il y a Edouard, leur bébé “arc-en-ciel”, né un an plus tard, le 25 février 2024.

Ce témoignage, Solange a voulu le partager pour celles et ceux qui passeront par ces montagnes russes : les faux espoirs, les rebondissements médicaux, l'annonce qui brise tout. Et pour dire que la naissance d'un enfant après la perte n'efface rien. Que Valentine existe. Qu'elle continuera d'exister.

Une grossesse précieuse, un bonheur enfin trouvé

Valentine était ma première grossesse après un parcours PMA avec injections hormonales. Cette grossesse était encore plus précieuse pour moi vu mon parcours, c'était un cadeau du ciel. C'était la première fois de ma vie que j'étais heureuse, que je ressentais ce sentiment de bonheur, de plénitude… J'étais moi-même, et je me sentais vivre. Nous étions sur notre petit nuage.

Des montagnes russes médicales

Il y a eu plusieurs étapes… C'est aussi pour cela que témoigner me tient à cœur, pour ceux qui passeront aussi par ces “montagnes russes”.

À la T1, le 7 novembre, Valentine présentait une clarté nucale épaisse. La gynécologue nous a tout de suite dit que c'était fini, qu'elle était désolée, que c'était signe de trisomie et nous a envoyé d'office vers notre médecin de PMA. Elle n'a eu aucun tact, alors que moi, mon monde s'effondrait. Ma vie était stoppée. Avec un tri-test revenu à 1/14, l'espoir était moindre… Une choriocentèse a été faite. Et là, on apprend que notre petite fille n'a aucune anomalie chromosomique. Et en plus, la clarté nucale avait diminué. Une écho cardiaque et morphologique s'ensuivent en décembre à 17 SA et tout allait parfaitement bien. Tout le service de Bordeaux Nord nous félicitait et était heureux pour nous… Ca y est on pouvait se projeter à nouveau, c'est même eux qui nous disaient d'y croire !

Le 17 janvier, contrôle mensuel avec mon obstétricienne, petite écho : tout va bien.

Le 19 janvier, la T2. L'écho se passe bien. La gynécologue, cheffe de service, que l'on connaît bien à force, remonte des pieds à la tête. Elle termine par le cerveau et là,  elle pose sa main sur son menton, et prononce : “Il y a un problème. Ça a évolué.” Mon mari comprend aussitôt qu'il y a quelque chose de grave. Et moi, je commence à répéter en boucle : “Ce n'est pas possible, non, tout va bien.” Puis je finis par dire «”je veux mourir” en boucle. Le cerveau de Valentine s'était rempli de liquide céphalo-rachidien. Le cervelet ne pouvait plus se développer, comprimé. Il y avait une ventriculomégalie sévère. Ma vie s'est brisée.

Sentir son bébé bouger en sachant que c'est la dernière fois

Nous avions prévenu nos familles. Après la T2, nous avions dû signer les documents pour programmer l'IMG. Ce rendez-vous du 19 janvier avait duré sans doute trois heures, le temps de tout nous dire, d'expliquer.

Le plus difficile à vivre… a été de sentir mon bébé bouger et de me dire que c'était les dernières fois. Que je ne la rencontrerais jamais. De voir tout ce que nous avions préparé, pour ne jamais vivre cela. La peur aussi d'un mauvais diagnostic. La peur d'accoucher. Puis devoir préparer l'enterrement, tout en ayant Valentine au creux de mon ventre.

La difficulté des mois suivants

Je me suis éteinte. Je dis souvent que je suis morte en même temps qu'elle, qu'une partie de moi est partie avec elle. J'ai changé radicalement. J'ai perdu l'amour que je pouvais avoir envers mon mari, mes proches, car tout mon amour s'est concentré pour le donner à Valentine durant les heures de peau-à-peau à sa naissance. Et comme personne ne pouvait la remplacer, je ne voulais plus qu'on me prenne dans les bras. Je ne voulais que ma fille. J'ai commencé à haïr les femmes enceintes, je ne pouvais plus voir de bébés. Je suis devenue froide, éteinte, malheureuse. Morte de l'intérieur. Ma seule issue de secours pour continuer de vivre était de retomber enceinte.

Ce que j'aurais eu besoin qu'on m'offre

J'ai eu beaucoup de soutien de la part de ma propre famille, notamment ma maman, avec qui j'ai toujours été fusionnelle. Elle a d'ailleurs tenu à rencontrer Valentine avant la fermeture du cercueil. J'aurais aimé que ma belle-famille s'investisse davantage. J'aurais aimé qu'on me demande de raconter mon accouchement. Qu'on me demande des photos de Valentine. J'aurais aimé… que rien de tout cela n'arrive.

Egoïstement, j'en ai conscience, j'aurais aimé que mon mari me soutienne différemment. Entre l'annonce de l'IMG et le jour J j'ai pris les rendez-vous, listé, cherché des musiques pour la cérémonie, choisi le fleuriste. À 30 ans, on n'est pas censés gérer des obsèques. Encore moins celles de son bébé. Mon mari suivait mais suivait seulement. C'étaient les dernières choses qu'on pouvait faire pour elle, et je voulais que tout soit parfait. Ça m'a blessée, qu'il ne soit pas investi au même niveau.

Après le décès, j'avais besoin de parler, parler, parler. De raconter, de ressasser. Et lui me coupait : “tu m'as déjà dit tout ça”. J'avais juste besoin d'une oreille attentive, pas de réponses. Ce “je sais déjà” fermait mon monologue. Alors ma maman a pris cette place, et je me suis éloignée de mon mari. Comme si je retrouvais ma place de petite fille, et que je perdais ma place d'épouse.

Le deuil n'épargne pas. Ni les parents, ni le couple.

Ce qui m'a permis de tenir

Ce qui m'a permis de tenir… c'est que mon mari accepte de retourner en PMA, pour espérer avoir la chance d'avoir un deuxième enfant et que cette fois, la fin soit heureuse. Sans mon arc-en-ciel, je pense que je n'aurais pas pu continuer. Et je suis convaincue que c'est d'ailleurs pour ça que cette seconde PMA a été rapide. Et aussi, ma maman. Présente jour et nuit pour m'écouter parler des heures, même quand je me répétais. Mon travail aussi a été d'un grand soutien, je suis secrétaire de mairie.

Deux enfants, distincts

Je me suis tournée vers la religion catholique. Ma famille y est depuis “toujours”, mais moi, jamais. J’ai voulu faire une bénédiction pour Valentine lors de l’enterrement. C’est donc devenu pour moi une évidence de me tourner vers Dieu. Pour la retrouver, un jour. Ça m’a aidée à m’apaiser, à apaiser mon cœur. Mais c’est aussi et surtout grâce à notre Edouard que la vie a pu reprendre, bien que différente pour toujours.

Tout a changé… n’étant moi-même plus la même. Je suis devenue un peu plus égoïste dans certains choix. J’ai malheureusement pris beaucoup de distance avec mon mari. Mais je mesure chaque jour la chance que j’ai d’avoir Edouard en bonne santé, dans notre maison. Même 3 ans après, cela reste dur. Je me rends sur sa tombe, je prends soin d’elle, car c’est la seule chose que je peux faire. Je parle souvent d’elle, c’est notre façon de la faire exister car beaucoup pensent qu’Edouard a effacé notre passé douloureux. Sauf que non. Ce n’était ni le rôle d’Edouard, ni sa place.

Ils sont nos deux enfants, distincts. Avec chacun leur histoire. Mais ils sont tous les deux frère et sœur.

Lire un autre témoignage : “J'ai porté la vie et la mort en même temps”, le témoignage de Kassandra

Précédent
Précédent

Deuil périnatal après une PMA : quand la perte arrive après un long combat

Suivant
Suivant

IMG après un diagnostic de Spina Bifia, le témoignage de Sarah