Capucine : “mon petit garçon existe et existera pour toujours.”
Capucine a perdu son petit garçon à 39 SA, à quelques jours du terme . Elle dépose ici son histoire, et la place qu'elle continue de lui faire.
Une grossesse vécue dans la prudence
Cette grossesse ne s’est pas forcément très bien passée, car ma première grossesse a été compliquée (hospitalisation à 25 SA, et bébé né à terme mais au 6e percentile). Pour cette grossesse, l'attente a été longue, j'ai mis 14 mois à tomber enceinte et j'ai fait une fausse couche précoce avant. J'avais très hâte que la grossesse se termine, j'étais très contente et soulagée de savoir que bébé allait bien tout le long de la grossesse... J'étais très prudente car j'avais très peur que mon col se rouvre et j'ai de nouveau eu des contractions très tôt. Mes contractions ont commencé à 12 SA. J'ai fait hyper attention toute la grossesse (globalement au repos la journée et le soir je faisais des activités calmes avec mon premier garçon). J'ai commencé à relâcher à 37 SA car pour moi c'était bon. Bébé commençait à de moins en moins bouger mais aux monitorings tout était OK, donc j'étais rassurée.
L'annonce, l'accouchement, et le temps passé avec lui
J'ai consulté suite à une chute de ma hauteur sur les fesses dans de la terre (j'avais déjà consulté la veille et 3 jours avant car bébé ne bougeait presque plus). En arrivant à la maternité, ils n'ont pas trouvé le cœur. Ça a été hyper violent car on nous a directement dit que ça ne pouvait pas être la chute, mais pour moi ça ne pouvait être que ça, il n'y avait pas d'autres explications. Le gynéco ne savait pas où se mettre. Je n'avais aucun symptôme. J'étais à 39 SA. Mon mari était très soutenant, mais sur le coup c'était horrible car je me sentais responsable de son décès... J'ai mis beaucoup de temps à entendre qu'il était décédé, je répétais en boucle que non, il n'était pas mort et que ça allait aller. J'ai hurlé comme je n'avais jamais hurlé. Dans ma tête, me dire que je l'avais tué était insupportable. Jusqu'à l'accouchement, j'avais encore de l'espoir. L'espoir qu'ils se soient trompés. Quand on l'a eu dans les bras, je lui ai demandé d'essayer de revenir, j'avais encore l'espoir que la force de notre amour le ramène. J'y ai cru pendant encore 20 minutes... pendant 20 minutes je me suis dit qu'il allait se réveiller. On lui a parlé, on lui a montré des photos, on l'a embrassé et je n'ai cessé de m'excuser. On lui a dit qu'on l'aimait. On l'a gardé une bonne demi-heure avec nous et on est retourné le voir 3 fois à la chambre mortuaire. J'avais ce besoin viscéral de mémoriser le maximum de détails, de me créer le plus possible de souvenirs. Nos parents et nos sœurs ont rencontré notre petit garçon, ça nous a énormément aidés et fait du bien.
Ce qui a été le plus dur, même invisible
Il y a eu plusieurs choses difficiles à vivre :
Le côté injuste de la situation, voir que ce bébé qu'on attendait tant, qu'on aimait tant, n'allait jamais être auprès de nous, chez nous.
L'annonce à notre 1er garçon a été très dure car il attendait avec impatience son petit frère.
La culpabilité qui m'a rongée jusqu'à l'os, le fait de me dire que c'était moi qui avais échoué. Le rapport d'autopsie m'a un peu aidée à aller mieux car finalement il y a eu un diagnostic d'insuffisance placentaire, le fait de voir plusieurs gynécos qui m'ont expliqué que la chute ne pouvait pas avoir provoqué cela. Ça fait quelques mois maintenant, mais je continue de penser à lui tout le temps.
Le deuil de la famille que l'on s'imagine, faire le deuil des projets, de l'idée qu'on se faisait de notre famille.
Le fait que peu de personnes fassent de l'espace pour notre petit Ange. Beaucoup de personnes, notamment proches, n'arrivaient plus à nous parler et n'osaient pas parler de notre petit garçon alors que nous avons toujours dit que justement, nous voulons en parler car il fait partie de nous.
Le manque est terrible, je m'imagine encore constamment comment il aurait pu être, ce qu'on aurait pu vivre ensemble...
Ce dont j'aurais eu besoin
J'aurais eu besoin de davantage d'écoute de la part du milieu hospitalier, et qu'on accorde une place plus importante dans la société à notre petit garçon.
Où j'en suis aujourd'hui
Pour le moment, je ne vais pas vraiment mieux, j'ai perdu mon insouciance, j'ai peur que tout arrive car je sais que tout peut arriver... Je vis un peu mieux avec la culpabilité grâce à l'autopsie, mais la gestion du manque et la vision des bébés sont très compliquées. Mon mari m'aide à aller mieux, on essaie de se construire de nouveaux projets et de profiter de chaque instant avec notre premier fils. On lui parle de son petit frère, il vient au cimetière, on lui dépose des petits cadeaux. Je me suis fait un tatouage pour montrer au monde que mon petit garçon existe et qu'il existera pour toujours.