Candice, “nous sommes rentrés les bras vides.”
Candice est la maman de Logan, né très prématurément après l'annonce d'un syndrome génétique et décédé au bout d'un jour de vie. Elle raconte ces semaines suspendues et la place que Logan garde dans leur famille, auprès de sa sœur Alma et de son père Quentin.
Cette grossesse était une grossesse attendue, désirée. Elle a commencé avec un simple test de grossesse qui a rempli notre cœur de bonheur. Avec Quentin, nous étions tellement heureux à l’idée d’accueillir notre petit garçon.
La grossesse se passait merveilleusement bien. J’aime être enceinte. J’aimais sentir Logan bouger, entendre son petit cœur battre, imaginer notre vie à quatre. Chaque rendez-vous était un moment de bonheur.
Son prénom, nous l’avions choisi bien avant la naissance d’Alma. Pour nous, c’était une évidence. Il s’appellerait Logan.
Puis, un dimanche soir, j’ai eu des pertes rosées. Le lendemain, mon instinct de maman m’a poussée à me rendre dans mon service de gynécologie. Je ne savais pas encore que notre vie allait basculer.
J’ai été héliportée dans un autre hôpital. Les examens se sont enchaînés. Pendant trois longues semaines, nous avons vécu entre espoir et peur. Trois semaines à croire, à attendre, à espérer que tout irait bien.
Puis les médecins nous ont annoncé que Logan était atteint d’un syndrome génétique que je lui avais transmis.
La nuit qui a suivi cette annonce, tout s’est aggravé. J’ai fait un hématome et une césarienne en urgence est devenue indispensable. Logan est né beaucoup trop tôt. Il est arrivé sans un bruit, puis il a été emmené en réanimation néonatale, entouré de machines qui se battaient avec lui.
À cause de la césarienne, je n’ai pas pu aller le voir avant le soir. Quand je l’ai enfin rencontré, il était là. Si petit. Relié à tous ces appareils. Mais il était vivant.
Le lendemain, les médecins nous ont annoncé que sa nuit avait été très compliquée. Ils nous ont expliqué qu’il fallait prendre la décision la plus difficile que des parents puissent avoir à prendre : le laisser partir.
Pourquoi ? Pourquoi nous ?
Cette question résonnera sûrement toute ma vie.
Quentin et moi avons pris cette décision par amour. Le plus grand des amours, celui qui consiste à penser à son enfant avant de penser à soi.
Quitter la maternité sans Logan a été l’un des moments les plus douloureux de notre vie. Nous étions partis en imaginant revenir avec un bébé dans les bras. Nous sommes rentrés les bras vides.
Le retour à la maison a été un véritable choc. Son lit était déjà monté. Ses affaires étaient prêtes. Sa place existait déjà dans notre famille… mais lui n’était plus là.
Mon premier réflexe a été de vouloir tout ranger. Comme si cacher ses affaires pouvait atténuer la douleur. Mais on ne range jamais l’amour que l’on porte à son enfant.
Et puis il y avait mon corps. Une césarienne à cicatriser. Une montée de lait. Mon corps se préparait à nourrir mon bébé alors que je venais de lui dire au revoir. C’est une souffrance dont on parle très peu, mais qui est d’une violence immense.
Aujourd’hui, si je pouvais adresser un message aux parents qui traversent cette épreuve, je leur dirais une chose : vous n’êtes pas seuls.
Nous sommes malheureusement nombreux à vivre le deuil périnatal. Certains arrivent à avancer plus vite, d’autres mettent plus de temps, mais il n’existe pas de bonne façon de faire son deuil. Il faut s’entraider, s’écouter, se soutenir, parce que seuls, le chemin est encore plus difficile.
Et à ceux qui n’ont jamais vécu cela, je vous souhaite de tout mon cœur de ne jamais connaître une telle douleur. En revanche, je vous demande une chose : épargnez-nous les phrases toutes faites, les comparaisons ou les remarques qui minimisent notre peine. Parfois, un simple « je suis là » vaut infiniment plus que n’importe quel conseil.
Logan n’a vécu qu’un seul jour, mais il a fait de moi sa maman pour toute la vie.
Il fera toujours partie de notre famille.
Il sera toujours le petit frère d’Alma.
Il sera toujours le fils de Quentin.
Et il sera, pour toujours, mon fils