Marjorie : vivre une grossesse extra-utérine et dire au revoir à Lorène et Léa

Marjorie a 36 ans. Entre 2021 et 2024, elle a perdu trois bébés, dont ses filles Lorène et Léa. Elle dépose ici leur histoire, et ce qui l'aide aujourd'hui.  

Je m'appelle Marjorie, j'ai 36 ans, je suis maman et mamange. En 2019, je tombe enceinte de mon premier fils. Tout se passe parfaitement bien, la grossesse, l'accouchement et la suite aussi. En juillet 2021, mon fils a un accident, brûlure au 3e degré suivi d'une semaine d'hospitalisation. 2 semaines plus tard, c'est mon tour d'aller à l'hôpital. En 3 jours, j'apprends que je suis enceinte, que la grossesse est peut-être pas "viable" et j'ai fini aux urgences car c'était une grossesse extra-utérine. Ma trompe avait rompu et je faisais une hémorragie interne. Pendant longtemps je n'ai pas assimilé qu'un petit cœur s'était arrêté ce jour-là.

L'attente de Lorène, puis l'annonce

Un an après, je retombe enceinte. Tout se passe bien, on apprend que c'est une petite fille, c'est une grande joie jusqu'à ce fameux jour de la deuxième échographie. Il y avait un grand écran face à nous. La gynécologue l'a éteint tout de suite en disant « c'est trop violent ». Des mots qui sont sortis tout seuls et qui nous ont détruits. Elle nous apprend que notre bébé a une tumeur au cerveau, qu'il n'y a plus rien à faire. On programme une IMG dans la foulée. C'était une descente aux enfers. Je ne comprends plus ce qu'il se passe, on prévient notre famille proche et les messages commencent à affluer. Je n'ai pas la force d'y répondre, mon conjoint prend les devants. Le 21 septembre 2022 à 26 SA, on a arrêté le cœur de notre fille. Lorène est venue au monde, toute petite. On a pu aller la voir plusieurs fois à la morgue et bizarrement, je voulais la couvrir, j'avais peur qu'elle ait froid. Quelle ironie. On organise une jolie cérémonie pour lui dire au revoir.

Puis Léa, et le même adieu

En 2023, je retombe une nouvelle fois enceinte. Le bébé est bien placé, pas de GEU, c'est une première victoire. Et vient la première échographie. On est allés voir la même gynécologue. On voit dans son regard qu'il y a un problème. Je vais faire des tests complémentaires et le verdict tombe. Notre seconde fille a le syndrome de Turner. On se renseigne, certaines femmes vivent très bien avec ce syndrome, je m'accroche à cet espoir, et aujourd'hui je peux le dire, j'ai fait un déni. Après plusieurs échographies, son cas s'aggravait à chaque fois, son cœur fonctionnait très mal. On lui a dit au revoir le 7 février 2024. Léa est née à 24 SA, on lui a dit au revoir pour la dernière fois au même endroit que sa sœur.

Le 22 avril 2026, notre bébé arc-en-ciel est venu nous rejoindre.

Ce que les grossesses suivantes ont changé

Mes grossesses après Lorène ont été très angoissantes. Chaque examen était une source d'angoisse. Quand on perd un bébé, on ne peut pas être serein pour les grossesses suivantes. On a perdu notre sérénité, l'innocence de ma première grossesse avait disparu et d'un côté je suis envieuse des personnes qui l'ont encore. Mon premier fils a été mon roc malgré lui, il nous a gardés en vie quelque part. Il parle parfois de ses sœurs, avec plein d'amour dans sa voix et il couvre de bisous son petit frère qui est avec nous maintenant.

Aujourd'hui, j'ai pu avancer dans mon deuil. J'ai la chance d'avoir créé une association, just2ailes. On veut sensibiliser sur le deuil périnatal et accompagner les parents, leur entourage et le personnel médical à travers un site internet simple d'utilisation qui va à l'essentiel. On y trouve les démarches administratives, un recueil de témoignages sur les phrases réconfortantes et blessantes, une page hommage et pleins d’autres informations utiles. On a aussi planté un arbre hommage à Toulouse.

Ce qui m'aide est d'aider les autres paranges à ma manière, ne pas se sentir seule et comprise.

Lien vers l’association Juste 2 ailes : https://www.just2ailes.fr/

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