Deuil périnatal : tu as le droit de continuer à penser à ton bébé
Tu penses encore à lui. Tu lui parles parfois, dans ta tête ou à voix basse. Tu as gardé ses affaires, ou une photo sur ton téléphone que tu regardes certains soirs. Et peut-être que tu te demandes si c'est trop, si ça ne devrait pas être différent à ce stade.
Ce que tu vis a un nom, et ce n'est pas de la résistance au deuil. C'est ce que les chercheurs en psychologie appellent le lien continu et il est aujourd'hui reconnu comme une façon documentée de traverser la perte.
Ce que l'entourage dit et ce que la recherche montre
“Il faut aller de l'avant.” “Tu dois penser à ceux qui sont là.” “À un moment, il faut lâcher prise.”
Ces phrases, tu les as probablement entendues. Elles viennent rarement de la malveillance. Elles viennent d'une conception ancienne du deuil, celle qui supposait qu'une traversée saine passait par la rupture du lien avec la personne disparue.
Pendant des décennies, cette idée a dominé la psychologie du deuil, portée notamment par les travaux de Freud et Bowlby : pour avancer, il fallait se détacher, “se libérer” du défunt, réinvestir de nouveaux liens.
Depuis les années 1990, cette vision a été profondément remise en question. En 1996, les chercheurs Klass, Silverman et Nickman ont publié Continuing Bonds: New Understandings of Grief, dans lequel ils documentent ce qu'ils observent chez des personnes en deuil : naturellement, intuitivement, elles trouvent des façons de continuer leur relation avec l'être perdu. Et loin d'être un signe de pathologie, ce maintien du lien semble faciliter la traversée du deuil.
Le lien continu : une réponse humaine et documentée
Le concept de lien continu repose sur une idée simple : la mort physique d'une personne ne met pas fin à la relation. Elle la transforme.
Selon Klass et ses co-auteurs, ce maintien du lien semble réduire le sentiment d'isolement, soutenir la construction du sens, et permettre à la douleur d'occuper une place moins envahissante dans le quotidien. Ces observations sont issues d'une recherche qualitative, pas d'essais cliniques contrôlés — mais elles ont ouvert un champ qui continue d'être exploré et enrichi.
Dans la Revue JALMALV (2023), une chercheuse spécialisée dans le deuil périnatal formule ce paradoxe : prendre soin du lien d'attachement à l'enfant disparu est l'une des conditions pour pouvoir, progressivement, le laisser évoluer, sans jamais cesser de l'aimer. C'est particulièrement vrai dans le deuil périnatal, où les traces extérieures sont si rares et le temps vécu ensemble si court. Il y a si peu de matière sur laquelle s'appuyer et c'est précisément pourquoi construire une présence intérieure peut avoir une importance particulière.
Ce que ça peut vouloir dire concrètement
Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise façon de maintenir ce lien. Ce qui compte, c'est que cela te ressemble et que cela ne t'isole pas davantage.
La littérature sur le deuil périnatal, ainsi que les témoignages de parents, font apparaître plusieurs formes que ce lien peut prendre. En voici quelques-unes, sans hiérarchie, sans obligation :
Lui parler — à une photo, à un endroit particulier, intérieurement. Beaucoup de parents le font sans jamais l'avoir décidé.
Garder un objet — quelque chose qui porte son nom, sa trace, son histoire. Un bracelet, une boîte, une empreinte, un doudou.
Maintenir un rituel — allumer une bougie à date fixe, planter quelque chose, écrire. Ces gestes créent une continuité là où tout s'est arrêté brutalement.
Prononcer son prénom — le dire à voix haute, l'écrire, le confier à quelqu'un de confiance. Le nommer, c'est affirmer qu'il a existé.
Lui écrire une lettre — sans attente, sans destination. Juste pour continuer le lien et déposer ce que tu ressens.
Rien de tout cela n'est morbide. Ces gestes peuvent t'aider à construire une présence intérieure stable, là où les traces extérieures sont peu nombreuses et le temps partagé, si court.
Quand la douleur reste très intense
Maintenir un lien avec son bébé est reconnu et sain. Mais il existe une nuance importante.
Lorsque la douleur reste aussi intense que les premiers jours, qu'elle envahit chaque moment au point de rendre le quotidien impossible, qu'elle s'accompagne d'une incapacité à fonctionner ou de pensées très sombres, cela peut indiquer un deuil qui nécessite un accompagnement spécialisé.
Les chercheurs en psychologie clinique distinguent le deuil aigu, qui évolue au fil du temps, d'un deuil dit prolongé, dans lequel cette évolution se bloque. Ce n'est pas une question de volonté, ni de “mal faire son deuil”. C'est une réponse complexe, influencée par le contexte de la perte, l'histoire personnelle, le soutien disponible et elle mérite une attention professionnelle.
Si tu reconnais quelque chose de cet ordre dans ce que tu vis, parler à un professionnel de santé peut être une étape importante.
Si tu traverses des moments de détresse très intense, des idées noires ou un sentiment de ne plus pouvoir tenir, ne reste pas seul·e avec ça. Un médecin, un psychologue ou une sage-femme peut t'orienter vers un accompagnement adapté.
Ce que Rose Care propose
Rose Care rassemble des ressources conçues pour les parents qui traversent une perte périnatale qu'elle soit récente ou ancienne, nommée ou silencieuse. Sur le site, tu trouveras des articles écrits avec des psychologues et des sages-femmes, des témoignages de parents, et des pistes concrètes pour traverser ce deuil à ta façon.
Si tu cherches un espace pour poser ce que tu portes, tu es à la bonne place.
Sources
Klass, D., Silverman, P. R., & Nickman, S. (Eds.). (1996). Continuing Bonds: New Understandings of Grief. Taylor & Francis. Résumé accessible via Hospiscare.
Debois, I. (2023). Repères sur le deuil périnatal. Revue JALMALV, n°154.
Schoo, C. et al. (2025). Grief and Prolonged Grief Disorder. StatPearls, NCBI Bookshelf.