“J'ai porté la vie et la mort en même temps”, le témoignage de Kassandra

Kassandra a 22 ans. En 2024, elle connaît une première perte, à 6 semaines de grossesse. Puis en mars 2025, elle accueille Shayna, sa petite fille pleine de vie — son bébé arc-en-ciel. Quelques mois plus tard, elle apprend qu'elle attend des jumelles. Leyla et Leyana naissent sans vie le 18 octobre 2025, à 20 SA. Une perte qu'elle décrit comme “plus profonde, plus silencieuse. Celle qui laisse des traces que rien n'efface.”

Elle témoigne d'une maternité faite d'amour, mais aussi de manque, de silence et d'absence.

Le début de grossesse

Cette grossesse était inattendue. Après mon retour de couches, sous pilule, j'ai appris que j'étais de nouveau enceinte. Puis on m'a annoncé que j'attendais des jumelles. C'était un mélange d'émotions — de la surprise, de la joie, un peu de peur aussi. Mais surtout de l'amour qui grandissait. Je me projetais. Je les imaginais. Je les attendais.

Le moment où tout a basculé

Il n'y a pas eu une seule annonce. Mais deux.

J'ai d'abord appris la perte de Leyana. C'est ce jour-là que j'ai découvert le syndrome transfuseur-transfusé — un mot que je ne connaissais pas, une réalité qui a tout fait basculer. Puis une semaine plus tard, j'ai appris la perte de Leyla.

Deux annonces. Deux chocs. Deux brisements de cœur.

Une semaine avant, je m'étais rendue aux urgences pour des douleurs au ventre et de légers saignements. On m'a fait un simple monitoring. On m'a dit que les cœurs battaient très bien, que tout allait bien, que ce n'était rien de grave. Et on m'a renvoyée chez moi.

Personne n'a rien vu. Personne n'a rien anticipé.

J'aurais aimé qu'on m'écoute ce jour-là. Qu'on me prenne au sérieux. Peut-être qu'on aurait détecté le syndrome plus tôt. Même si les chances de survie étaient faibles, on aurait au moins pu tenter quelque chose.

Ce que personne ne voyait vraiment

Le plus difficile, c'est que ce n'était pas "juste une fausse couche".

À 20 SA, j'ai accouché. On m'a déclenchée. On m'a proposé une péridurale. J'ai accouché de mes bébés. Je les ai vues. Je les ai prises dans mes bras. Je leur ai parlé. Je leur ai dit à quel point je les aimais.

Puis j'ai dû leur dire au revoir, et rentrer chez moi les bras vides.

Là où d'autres parents choisissent des berceaux, moi j'ai choisi des cercueils. Et ça, personne ne le voit vraiment.

Ce que cette perte a changé en moi

Tout. Mon regard sur la vie. Sur mon corps. Sur moi-même. Je me détestais. J'en voulais à mon corps. J'ai porté la vie et la mort en même temps. Puis la mort. Il y avait de la colère, de la culpabilité, du vide. Et cette impression de ne plus jamais être la même.

Ce dont j'aurais eu besoin

J'aurais eu besoin qu'on reconnaisse ma douleur. Qu'on me dise : "Tu as le droit d'être triste. Ce que tu vis est réel. Ce n'est pas rien."

Parce que les phrases comme "c'est rien", même dites pour consoler, elles marquent. Elles restent.

Ce qui m'a permis de tenir

L'amour.

L'amour que j'ai pour mes filles. Mon conjoint, qui a été là, à mes côtés, avec qui j'ai traversé cette épreuve. Et Shayna, ma petite fille, qui m'a donné une raison de continuer à avancer.

Aujourd'hui

Aujourd'hui, j'avance autrement. Avec une blessure qui ne se refermera sûrement jamais, mais avec un amour immense.

Peut-on dire que j'ai fait mon deuil ? Je ne pense pas. Et je ne le ferai peut-être même jamais. Mais j'ai appris à vivre avec.

Je marche chaque jour avec un vide que rien ne remplit, celui de mes filles que je ne peux pas serrer dans mes bras, mais que je porte partout avec moi. Je vis avec leur absence, et en même temps avec un amour si fort qu'il ne s'est jamais arrêté avec elles. Elles m'ont appris que l'amour ne commence pas à la naissance, qu'il peut naître dans l'ombre, grandir en secret et brûler même quand tout s'éteint. Elles m'ont appris que l'amour peut être un deuil, et que le deuil est un amour qui ne meurt pas.

Je suis portée par la lumière de Shayna, celle qui me fait avancer, sourire, respirer, même dans les jours les plus lourds. Et je ne suis pas seule, il y a mon conjoint, celui avec qui je partage cette douleur, et avec qui j'apprends à continuer malgré tout. Alors j'avance, entre ce qui me manque terriblement et tout ce qui me tient encore debout. Avec mes filles dans le cœur, dans chaque pas, dans chaque souffle.

Parce qu'au fond, elles ne m'ont jamais vraiment quittées.

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