Témoignage - Aline : “j’aurais aimé qu’on me dise que ce n’était pas ma faute.”

Aline vit à Paris. Elle est pharmacienne de formation, aujourd’hui hypnothérapeute, maman de deux filles — Philippine 23 ans, Alexandrine 20 ans, et de Jean, un petit garçon parti trop tôt. Derrière ce quotidien, il y a un parcours de six pertes, une adénomyose diagnostiquée trop tard, et un long chemin vers la paix. Elle a accepté de raconter.

Un parcours semé d'embûches

J'ai des ovaires polykystiques et une adénomyose — une endométriose dans le muscle utérin — qui n'a pas été diagnostiquée à l'époque. Tomber enceinte n'a pas été simple. J'ai suivi un traitement, fait trois fausses couches (arrêts naturels de grossesse) avant ma fille Philippine, et pendant cette grossesse, j'avais énormément de contractions. Je suis restée allongée pendant des semaines.

Je n'ai pas repris de contraception, car je voulais un deuxième enfant. Je suis tombée enceinte spontanément un an après — et j'étais heureuse. Tout se passait bien. Les fausses couches précédentes m'avaient un peu traumatisée, mais le premier trimestre passé, je commençais vraiment à y croire. J'étais sereine.

L'annonce

Lors d'une visite à quatre mois et demi, juste avant Noël, le médecin m'a annoncé abruptement que le cœur de mon bébé s'était arrêté. Il m'a programmée pour « accoucher » rapidement — pour que je passe de meilleures fêtes, selon lui.

C'est un coup de massue que j'ai reçu. Je ne m'y attendais pas du tout. La dernière échographie s'était bien passée. Il m'a dit qu'il ne comprenait pas et qu'ils allaient faire des analyses. J'étais sous le choc : mon bébé était mort en moi, et je ne l'avais pas senti. La culpabilité est arrivée immédiatement. Qu'est-ce que j'avais pu faire ?

Ce que personne autour de moi ne voyait

Porter ce bébé mort en soi, alors qu'on voudrait porter la vie — je me suis sentie trahie par mon corps, encore une fois. Comme la grossesse n'était pas encore très visible, ça ne semblait rien pour les gens. « Tu en auras un autre. » « Tu as déjà ta fille. »

J'ai essayé de me dissocier de ce chagrin en me concentrant sur elle, en attendant le déclenchement — mon corps ne le faisait pas spontanément. La culpabilité, la tristesse : j'ai mis tout ça de côté pour tenir.

Les mois qui ont suivi

Je me suis refermée sur moi-même. J'ai fait une déprime post-partum, que je n'ai pas soignée — je n'avais pas envie d'en parler, de peur de la réactiver.

Puis j'ai encore fait deux fausses couches (arrêts naturels de grossesse) avant de porter ma deuxième fille. Deux enfants vivants, six perdus. C'était beaucoup.

Ce que j'aurais eu besoin d'entendre

J'aurais aimé qu'on me rassure. Qu'on me dise que ce n'était pas de ma faute. Les analyses n'ont révélé aucune anomalie, aucune infection — aucune raison. Ce vide de réponse a nourri la crainte que ça se reproduise.

J'aurais aimé être diagnostiquée de l'adénomyose bien plus tôt. Je l'ai appris beaucoup plus tard, alors que j'avais l'intuition depuis longtemps que mon système reproducteur ne fonctionnait pas parfaitement. Cette pathologie crée un risque important de grossesse interrompue spontanée.

J'aurais aussi aimé que ce ne soit pas un sujet tabou. J'en ai parlé à ma mère, qui m'a confié avoir vécu quelque chose de similaire — son soutien m'a aidée. Mais c'est dur d'en parler aux autres femmes, surtout quand l'une d'elles est enceinte et qu'on ne veut pas l'effrayer.

Ce qui m'a permis de tenir

Ma fille aînée, avant tout. Je me disais que j'avais déjà de la chance de l'avoir — que si je ne pouvais pas en avoir d'autre, ce serait avec elle que je construirais ma vie. Mon mari et ma mère ont été présents, aidants comme ils pouvaient.

L'hypnose, que j'ai découverte plus tard, m'a aidée à apaiser ce trauma. Elle m'a permis de laisser le corps, les émotions et l'inconscient se calmer.

Aujourd'hui

J'ai deux filles adorables. Elles ont été ma consolation, bien sûr. Il me manque un fils — mais je suis en paix avec lui, et avec là où il est.

Je sais aujourd'hui que rien de tout cela n'était ma faute. Mon ventre a fait tout ce qu'il a pu. Malgré les difficultés, les contractions permanentes, il m'a donné deux enfants. Il a été fort, en fait.

Je suis en paix avec moi-même et avec la vie. Tout est à sa place.

Lire un autre témoignage : Kassandra, “J'ai porté la vie et la mort en même temps”

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