La sophrologie pour traverser le deuil périnatal
Après une perte périnatale, les émotions ne suivent pas un ordre logique. La tristesse, la colère, la culpabilité, la peur : tout peut coexister, parfois dans la même journée, parfois dans la même heure. Certains parents cherchent un espace où poser tout ça, sans avoir à expliquer ni à se justifier. La sophrologie peut être cet espace là, en complément d'un suivi psychologique ou médical. Marie Lebeaupin est sophrologue à Nantes. Elle accompagne des parents en deuil périnatal depuis plusieurs années — et elle a elle-même vécu deux pertes, tard dans la grossesse. C'est de cette double position, professionnelle et personnelle, qu'elle parle ici.
Ce que traversent les parents qui poussent sa porte
Quand un parent arrive en première séance, Marie observe souvent le même tableau : une tristesse profonde, une fatigue que le sommeil ne répare pas, et une solitude qui n'a pas forcément à voir avec l'entourage. “Pas par manque de proches, mais surtout par manque de compréhension de ceux qui les entourent”, décrit-elle. À cela s'ajoutent des peurs très concrètes : la peur de ne pas se relever, de ne pas pouvoir avoir d'autre enfant, de ne plus reconnaître sa propre vie. Et une colère souvent intense, un sentiment d'injustice profond, de la culpabilité. Ce qui frappe Marie, c'est le paradoxe de l'état dans lequel se trouvent ces parents : “Ils sont dans quelque chose qui mêle l'apathie à la nervosité. C'est très contradictoire à vivre.”
Ce que la sophrologie peut apporter — et ce qu'elle ne remplace pas
La sophrologie est une approche complémentaire qui travaille sur le lien entre le corps et le mental. Dans le contexte du deuil périnatal, elle peut aider à traverser certains états, notamment les troubles du sommeil, très fréquents, et la charge émotionnelle qui s'accumule entre les séances avec un psychologue. Un de ses avantages concrets : les exercices appris en séance peuvent être pratiqués seul, chez soi, à n'importe quel moment. Ce n'est pas une thérapie, et Marie le dit clairement : “La sophrologie ne se substitue pas à un suivi médical et/ou psychologique.” Quasi systématiquement, elle s'assure que le parent est également suivi par un psychologue et son médecin traitant. Quand elle sent qu'un trauma profond est ancré — lié à l'accouchement, par exemple — ou lorsque des idées noires sont présentes, elle réoriente vers un spécialiste sans hésiter.
Il n'y a pas de bon moment pour commencer — et pas de mauvais non plus
C'est une question que beaucoup de parents se posent : est-ce que c'est trop tôt ? Trop tard ? Pour Marie, la réponse est simple : “Il n'y a pas de règle. Certains parents viennent tout de suite après le décès de leur enfant, d'autres préfèrent attendre. Ce qui compte, c'est de se sentir prêt à être accompagné.” Ce qu'elle offre avant tout, c'est un espace. Un endroit où le bébé peut être nommé librement, où les émotions peuvent être déposées sans être minimisées ni orientées. “J'ai à cœur que tout puisse se dire, en confiance”, dit-elle. Et souvent, elle amène aussi les parents à prendre conscience d'une dimension du deuil qu'ils n'avaient pas mesurée : au-delà du deuil de l'enfant, il y a le deuil de la vie qu'on imaginait déjà avec lui, le deuil de la projection.
Un exercice concret : le “hausser/lâcher”
Marie utilise régulièrement cet exercice avec les parents qu'elle accompagne. Il peut aussi se pratiquer seul, à la maison.
Debout, les pieds écartés de la largeur du bassin, sans tension dans les genoux ni dans les épaules. Ferme les yeux. Prends le temps de rassembler mentalement les émotions difficiles présentes — la colère, la tristesse, la culpabilité — peut-être en leur associant une couleur. Inspire profondément par le nez en gonflant le ventre, monte les épaules, serre fort les poings. Reste en apnée et imagine que toutes ces émotions viennent se loger dans tes poings. Quand l'apnée devient difficile, souffle fort par la bouche en relâchant les épaules et les poings — et laisse ces émotions s'échapper par tes mains, comme une couleur qui se dissipe. À répéter trois fois. Puis prends un instant pour observer ce que tu ressens.
Ce que les parents lui disent souvent
Certaines phrases reviennent, séance après séance. “Je n'y arriverai jamais.” “Ai-je le droit de continuer à sourire ?” “Si je ne pleure plus, c'est que j'oublie mon bébé.” “C'est de ma faute.” Ces phrases disent quelque chose d'important : les parents endeuillés portent souvent, en plus du deuil lui-même, des injonctions silencieuses sur la façon dont ils sont censés vivre ce deuil. La sophrologie peut être un endroit où ces injonctions se déposent aussi.
Ce que Rose Care propose
Rose Care est un espace numérique d'accompagnement et de soutien pour les parents en deuil périnatal. Il met en lumière différentes pratiques, dont la sophrologie, pour donner des clés concrètes aux parents qui traversent leur deuil et leurs émotions. Ce n'est pas une thérapie, et cela ne remplace pas un suivi professionnel comme celui que propose Marie. Mais c'est un espace pensé pour être présent là où les ressources manquent encore.
Informations pratiques
Marie Lebeaupin — Sophrologue, Nantes Site : www.marie-lebeaupin-sophrologie.fr Instagram : @marie.lebeaupin.sophrologue
Si tu traverses des idées noires, une détresse intense ou des symptômes qui t'inquiètent, parle-en à ton médecin traitant ou à un professionnel de santé mentale. La sophrologie et les ressources de Rose Care ne se substituent pas à une prise en charge médicale ou psychologique.