Interruption médicale de grossesse (IMG) : à quoi s'attendre et qui peut t’accompagner
Tu viens peut-être d'avoir l'entretien où on t'a expliqué les modalités de l'interruption médicale de grossesse. Ou tu l'as vécue il y a quelques semaines, quelques mois, et tu cherches encore à mettre des mots sur ce qui s'est passé. Dans les deux cas, l'interruption médicale de grossesse reste un sujet dont on parle peu, alors qu'elle concerne chaque année plusieurs milliers de familles en France.
Cet article ne revient pas sur les démarches administratives, il revient sur ce qui se passe concrètement : le temps de l'incertitude avant le diagnostic, le déroulement médical, la rencontre possible avec ton enfant, et l'accompagnement psychologique qui existe à chaque étape.
Avant le diagnostic : le temps de l'incertitude
Pour beaucoup de parents, tout commence par une échographie comme les autres, jusqu'à ce que le silence du médecin, ou une phrase prononcée avec précaution, change tout. Pour d'autres, l'inquiétude s'installe plus progressivement : un marqueur sérique légèrement anormal, une mesure qui interroge, un doute que l'échographiste préfère vérifier. Dans les deux cas, ce moment marque une rupture dans le vécu de la grossesse.
Souvent, le diagnostic n'est pas immédiat. Une suspicion d'anomalie peut nécessiter des examens complémentaires — amniocentèse, IRM, analyses génétiques — dont les résultats prennent parfois plusieurs jours, voire plusieurs semaines à arriver. Ce temps d'attente est une épreuve à part entière : tu n'as pas encore de réponse, mais tu n'as déjà plus l'insouciance d'avant. L'angoisse, les questions sans réponse, l'impression que le sol se dérobe par intermittence, tout cela fait pleinement partie de ce que traversent les parents à ce stade, même si rien n'est encore confirmé.
Qu'est-ce qu'une interruption médicale de grossesse ?
L'IMG intervient lorsqu'un diagnostic prénatal révèle une pathologie fœtale d'une gravité extrême, considérée comme incurable au moment du diagnostic. Elle n'est pas limitée dans le temps : elle peut être pratiquée à tout moment de la grossesse, dès qu'une telle pathologie est confirmée.
La décision n'est jamais prise seul·e, ni dans l'urgence. Elle naît d'un dialogue entre les parents et un collège de médecins spécialisés — gynécologues-obstétriciens, pédiatres, généticiens, échographistes — réunis au sein d'un Centre Pluridisciplinaire de Diagnostic Prénatal (CPDPN). Deux médecins du centre doivent attester du motif médical pour que la demande soit validée.
Ce n'est pas une solution de facilité. C'est l'aboutissement d'une réflexion, souvent éprouvante, qui cherche ce qui fait sens pour le couple, pour l'enfant, pour la famille.
Comment se déroule une IMG à l'hôpital ?
L'hospitalisation a lieu en chambre seule, ce qui permet à ton conjoint ou à une personne de confiance de rester auprès de toi. La méthode dépend du terme de la grossesse et de ton état de santé.
Avant 22 semaines d'aménorrhée, une méthode médicamenteuse est généralement privilégiée. Un premier traitement entraîne une dilatation progressive du col, suivi le lendemain d'un déclenchement du travail. Les contractions conduisent au décès du bébé, de façon indolore pour lui.
À partir de 22 semaines, pour éviter toute douleur liée aux contractions, un geste d'arrêt de vie est pratiqué avant le déclenchement de l'accouchement : une injection anesthésiante endort complètement ton enfant, suivie d'un médicament qui arrête son cœur.
L'accouchement se fait le plus souvent par voie basse, la césarienne reste exceptionnelle, pour préserver tes grossesses futures. Le travail peut durer plusieurs heures ; une analgésie (péridurale ou antalgiques puissants) t'est proposée pour traverser cette étape avec le moins de douleur physique possible. Tu es accompagnée tout au long du processus par une ou plusieurs sages-femmes, et par la personne de ton choix.
Le séjour à l'hôpital dure en général de 1 à 5 jours selon le terme et le contexte.
Rencontrer son enfant : un choix, jamais une obligation
Après la naissance, il t'est proposé de voir ton bébé, de le prendre dans tes bras, de lui parler. Tu peux demander à être seule avec lui, le présenter à tes proches, le revoir plusieurs fois si tu le souhaites ou choisir de ne pas le voir. Aucune de ces décisions n'est meilleure qu'une autre : ne pas voir son enfant n'empêche pas d'entamer le travail de deuil.
Si tu hésites, sache que la couleur de peau d'un bébé peut paraître très rouge jusqu'au cinquième mois de grossesse, un détail qui surprend souvent et qu'il peut être utile d'anticiper. L'équipe soignante peut aussi te décrire ton enfant et ses éventuelles particularités visibles avant que tu ne le voies, si cela t'aide à te préparer.
Des photos peuvent être prises, qu'elles soient regardées tout de suite ou conservées dans le dossier médical pour plus tard. Un bracelet à son prénom et ses empreintes peuvent t’être remis. Tu peux aussi l'habiller, lui glisser une peluche, un dessin, un objet qui aura du sens pour toi.
Il n'y a pas de bonne façon de vivre cette rencontre, seulement celle qui te convient, à toi.
Lire le témoignage de Sarah : IMG après un diagnostic de Spina Bifia
Ce que ce moment peut faire à ton corps et à ton esprit
Sur le plan physique, ton corps traverse un accouchement, avec ce que cela implique : fatigue, suites de couches, parfois douleurs. Des traitements te seront prescrits à la sortie pour t'accompagner dans cette récupération.
Sur le plan psychique, les réactions sont multiples et toutes légitimes. Certains parents sont submergés par des émotions fortes : culpabilité, colère, tristesse. D'autres ne ressentent rien dans l'immédiat, et culpabilisent parfois de ce silence intérieur. D'autres encore se sentent traversés par des vagues qui reviennent sans prévenir, des mois ou des années plus tard, autour d'une date anniversaire ou d'un événement qui n'avait, en apparence, rien à voir.
Dans le couple, ce vécu peut s'exprimer très différemment selon chacun, sans que cela signifie un désaccord ou un manque d'amour pour l'enfant perdu.
À retenir : il n'existe pas une bonne façon de réagir à une IMG, mais autant de façons que de personnes. Chercher à protéger l'autre en taisant sa propre douleur se révèle souvent plus coûteux que d'en parler, même différemment et à des rythmes différents.
Lire le témoignage de Kevin : “un choix d’amour”
Le soutien psychologique, avant, pendant et après
Un accompagnement psychologique est proposé systématiquement, à chaque étape : pendant le temps de réflexion qui précède l'IMG, pendant l'hospitalisation, et après le retour à la maison si le besoin se confirme.
De nombreuses maternités proposent aussi des groupes de parole spécifiquement dédiés au deuil périnatal et à l'IMG, co-animés par des psychologues formé·es à cet accompagnement, parfois précédés d'un entretien individuel préalable. Ce n'est pas systématique partout, mais cette possibilité existe et peut être demandée directement à l'équipe qui te suit.
Ce suivi peut continuer aussi longtemps que tu en as besoin : il n'y a pas de date limite à laquelle tu serais censée “aller mieux”. Tu peux solliciter ou re-solliciter un·e psychologue plusieurs mois, voire plusieurs années après l'IMG.
Si les émotions vécues deviennent envahissantes, persistantes, ou s'accompagnent de pensées noires, il est important d'en parler à un·e professionnel·le de santé. Ce n'est pas un signe de faiblesse, mais une étape légitime de l'accompagnement.
Ce que Rose Care propose
Si tu traverses ou as traversé une interruption médicale de grossesse, tu n'as pas à porter cela seul·e. Rose Care met à disposition des ressources pour comprendre ce que tu vis, ainsi que des parcours de groupe pour celles et ceux qui souhaitent en parler avec d'autres parents qui comprennent, sans avoir à tout expliquer.
Sources :
Fédération Française des Centres Pluridisciplinaires de Diagnostic PréNatal : https://www.ffcpdpn.fr/
CHU de Montpellier — Centre Pluridisciplinaire de Diagnostic Prénatal, Livret d'informations à l'usage des parents sur l'Interruption Médicale de Grossesse,https://www.chu-montpellier.fr
Réseau Périnatalité Bretagne, Deuil périnatal et soins palliatifs