Interruption médicale de grossesse (IMG) : à quoi s'attendre et qui peut t’accompagner

** Les informations médicales de cet article ont été vérifiées par Amandine Borde, sage-femme et membre du comité scientifique de Rose Care.**

Tu viens peut-être d'avoir l'entretien où on t'a expliqué les modalités de l'interruption médicale de grossesse. Ou tu l'as vécue il y a quelques semaines, quelques mois, et tu cherches encore à mettre des mots sur ce qui s'est passé. Dans les deux cas, l'interruption médicale de grossesse reste un sujet dont on parle peu, alors qu'elle concerne chaque année plusieurs milliers de familles en France.

Cet article ne revient pas sur les démarches administratives, il revient sur ce qui se passe concrètement : le temps de l'incertitude avant le diagnostic, le déroulement médical, la rencontre possible avec ton enfant, et l'accompagnement psychologique qui existe à chaque étape.

Avant le diagnostic : le temps de l'incertitude

Pour beaucoup de parents, tout commence par une échographie comme les autres, jusqu'à ce que le silence du médecin, ou une phrase prononcée avec précaution, change tout. Pour d'autres, l'inquiétude s'installe plus progressivement : un marqueur sérique légèrement anormal, une mesure qui interroge, un doute que l'échographiste préfère vérifier. Dans les deux cas, ce moment marque une rupture dans le vécu de la grossesse.

Souvent, le diagnostic n'est pas immédiat. Une suspicion d'anomalie peut nécessiter des examens complémentaires — amniocentèse, IRM, analyses génétiques — dont les résultats prennent parfois plusieurs jours, voire plusieurs semaines à arriver. Ce temps d'attente est une épreuve à part entière : tu n'as pas encore de réponse, mais tu n'as déjà plus l'insouciance d'avant. L'angoisse, les questions sans réponse, l'impression que le sol se dérobe par intermittence, tout cela fait pleinement partie de ce que traversent les parents à ce stade, même si rien n'est encore confirmé.

Qu'est-ce qu'une interruption médicale de grossesse ?

L'IMG intervient lorsqu'un diagnostic prénatal révèle une pathologie fœtale d'une gravité extrême, considérée comme incurable au moment du diagnostic. Elle n'est pas limitée dans le temps : elle peut être pratiquée à tout moment de la grossesse, dès qu'une telle pathologie est confirmée.

La décision n'est jamais prise seul·e, ni dans l'urgence. Elle naît d'un dialogue entre les parents et un collège de médecins spécialisés — gynécologues-obstétriciens, pédiatres, généticiens, échographistes — réunis au sein d'un Centre Pluridisciplinaire de Diagnostic Prénatal (CPDPN). Deux médecins du centre doivent attester du motif médical pour que la demande soit validée.

Ce n'est pas une solution de facilité. C'est l'aboutissement d'une réflexion, souvent éprouvante, qui cherche ce qui fait sens pour le couple, pour l'enfant, pour la famille.

Comment se déroule une IMG à l'hôpital ?

L'hospitalisation a lieu en chambre seule, ce qui permet à ton conjoint ou à une personne de confiance de rester auprès de toi. La méthode dépend du terme de la grossesse et de ton état de santé.

Pour toute IMG, quel que soit le terme et la méthode choisie, une prise de Mifégyne intervient 48 heures avant la prise en charge médicale à proprement parler. Ce médicament sert à préparer le col de l'utérus. Dans la majorité des cas, il n'entraîne aucune douleur particulière et il n'arrête pas le cœur du bébé.

Jusqu'à 15-16 semaines d'aménorrhée, selon les centres, l'IMG peut être réalisée par aspiration du contenu utérin (anciennement “curetage”), sous anesthésie générale, en ambulatoire. Cette méthode est plus rapide et ne passe pas par un accouchement, mais elle implique aussi qu'il n'y a pas de rencontre possible avec l'enfant, pas de déclaration à l'état civil, et pas d'autopsie selon les situations. Même à un terme précoce, ce passage reste un moment difficile à traverser : s’endormir enceinte, se réveiller et ne plus l’être.

Entre 15 et 22 semaines d'aménorrhée, un déclenchement du travail est réalisé pour un accouchement par voie basse. Une péridurale est posée en premier lieu, puis des médicaments sont administrés régulièrement pour déclencher les contractions utérines. Dès que cela est possible, la poche des eaux est rompue, une étape essentielle dans la progression de l'accouchement.
Avant 22 semaines d'aménorrhée, une méthode médicamenteuse est généralement privilégiée. Un premier traitement entraîne une dilatation progressive du col, suivi 48h après du déclenchement du travail. Les contractions conduisent au décès du bébé, de façon indolore pour lui.

À partir de 22 semaines, un geste d'arrêt de vie est pratiqué avant le déclenchement de l'accouchement : une injection anesthésiante endort complètement ton enfant, suivie d'un médicament qui arrête son cœur. Sur les termes très avancés, lorsque le col n'est pas favorable, un dispositif appelé Propess peut être posé : il s'agit de prostaglandines sous forme de tampon vaginal, qui permettent de faire mûrir le col.

L'accouchement se fait le plus souvent par voie basse, la césarienne reste exceptionnelle, pour préserver tes grossesses futures. Le travail peut durer plusieurs heures ; une analgésie (péridurale ou antalgiques puissants) t'est proposée pour traverser cette étape avec le moins de douleur physique possible. Tu es accompagnée tout au long du processus par une ou plusieurs sages-femmes, et par la personne de ton choix.

Le séjour à l'hôpital dure en général de 1 à 5 jours selon le terme et le contexte.

Rencontrer son enfant : un choix, jamais une obligation

Après la naissance, il t'est proposé de voir ton bébé, de le prendre dans tes bras, de lui parler. Tu peux demander à être seule avec lui, le présenter à tes proches, le revoir plusieurs fois si tu le souhaites ou choisir de ne pas le voir. Aucune de ces décisions n'est meilleure qu'une autre : ne pas voir son enfant n'empêche pas d'entamer le travail de deuil.

Si tu hésites, sache que la couleur de peau d'un bébé peut paraître très rouge jusqu'au cinquième mois de grossesse, un détail qui surprend souvent et qu'il peut être utile d'anticiper. L'équipe soignante peut aussi te décrire ton enfant et ses éventuelles particularités visibles avant que tu ne le voies, si cela t'aide à te préparer.

Des photos peuvent être prises, qu'elles soient regardées tout de suite ou conservées dans le dossier médical pour plus tard. Un bracelet à son prénom et ses empreintes peuvent t’être remis. Tu peux aussi l'habiller, lui glisser une peluche, un dessin, un objet qui aura du sens pour toi.

Il n'y a pas de bonne façon de vivre cette rencontre, seulement celle qui te convient, à toi.

Lire le témoignage de Sarah : IMG après un diagnostic de Spina Bifia

Ce que ce moment peut faire à ton corps et à ton esprit

Sur le plan physique, ton corps traverse un accouchement, avec ce que cela implique : fatigue, suites de couches, parfois douleurs. Des traitements te seront prescrits à la sortie pour t'accompagner dans cette récupération.

Sur le plan psychique, les réactions sont multiples et toutes légitimes. Certains parents sont submergés par des émotions fortes : culpabilité, colère, tristesse. D'autres ne ressentent rien dans l'immédiat, et culpabilisent parfois de ce silence intérieur. D'autres encore se sentent traversés par des vagues qui reviennent sans prévenir, des mois ou des années plus tard, autour d'une date anniversaire ou d'un événement qui n'avait, en apparence, rien à voir.

Dans le couple, ce vécu peut s'exprimer très différemment selon chacun, sans que cela signifie un désaccord ou un manque d'amour pour l'enfant perdu.

À retenir : il n'existe pas une bonne façon de réagir à une IMG, mais autant de façons que de personnes. Chercher à protéger l'autre en taisant sa propre douleur se révèle souvent plus coûteux que d'en parler, même différemment et à des rythmes différents.

Lire le témoignage de Kevin : “un choix d’amour”

Le soutien psychologique, avant, pendant et après

Un accompagnement psychologique est proposé systématiquement, à chaque étape : pendant le temps de réflexion qui précède l'IMG, pendant l'hospitalisation, et après le retour à la maison si le besoin se confirme.

De nombreuses maternités proposent aussi des groupes de parole spécifiquement dédiés au deuil périnatal et à l'IMG, co-animés par des psychologues formé·es à cet accompagnement, parfois précédés d'un entretien individuel préalable. Ce n'est pas systématique partout, mais cette possibilité existe et peut être demandée directement à l'équipe qui te suit.

Ce suivi peut continuer aussi longtemps que tu en as besoin : il n'y a pas de date limite à laquelle tu serais censée “aller mieux”. Tu peux solliciter ou re-solliciter un·e psychologue plusieurs mois, voire plusieurs années après l'IMG.

Si les émotions vécues deviennent envahissantes, persistantes, ou s'accompagnent de pensées noires, il est important d'en parler à un·e professionnel·le de santé. Ce n'est pas un signe de faiblesse, mais une étape légitime de l'accompagnement.


Quelques mamans ont accepté de partager ce qui les a aidées ou ce qu'elles auraient aimé savoir au moment de traverser leur IMG. Leurs mots, intacts.

“Ce qui m'a aidé : les associations comme Hespéranges et les groupes sur Facebook, où on se sent moins seule, où on trouve des infos sur tout et du vrai soutien.

Ce que j'aurais aimé savoir : si j'avais porté mon bébé deux pauvres semaines de plus, j'aurais pu avoir un congé maternité entier. Et une aide pour l'enterrement. À deux semaines près… droit à rien, même pas un jour d'arrêt — étant à mon compte — et un enterrement à notre charge sans aide. Avec du recul, j'aurais chéri de tout mon cœur ces deux petites semaines de plus avec mon bébé avant de le perdre, et j'aurais eu le temps de me remettre après en congé maternité.

Une parole qui compte : celle de la sage-femme à la naissance : “Il est très beau, votre bébé.” Et en me posant la main sur l'épaule au moment de la séparation : “Vous avez été très courageuse, vous avez le droit de pleurer, c'est très dur.”

Un geste qui compte : l'anesthésiste qui m'a fait de l'hypnose au moment de la péri. Et surtout la sage-femme cadre qui est allée fouiller dans les photos pour m'en trouver une supplémentaire, alors que normalement c'était trois photos… Celle qu'elle est allée chercher à ma demande est toujours mon fond d'écran, deux ans et demi plus tard. Elle a pris ce temps pour moi et je ne l'oublierai jamais.”

“J'aurais aimé qu'on me dise que le geste d'arrêt du cœur se faisait avant le déclenchement de l'accouchement. Et j'aurais aimé que le personnel soit d'un meilleur soutien, car j'ai voulu accoucher sans péridurale et j'étais “hors protocole”, comme me l'a dit une auxiliaire : “Ah mais vous voulez faire comme un accouchement normal.” Je ne savais pas qu'accoucher d'un bébé mort ou d'un bébé vivant était vu si différemment par l'équipe soignante… C'était mon troisième accouchement, j'avais confiance en mon corps. Je savais ce que je voulais, mais je n'avais pas le droit car c'était une IMG.”

“L'équipe médicale qui nous a entourés était au top. Pas de jugement sur notre choix. Un mot, une parole, un geste — l'étudiante sage-femme qui me caressait la jambe au moment où j'ai douté avant l'acte — un accompagnement merveilleux qui m'a aidée. Et une fois que j'ai accouché, mon ange avait un nom pour tout le monde. J'ai aussi apprécié le passage du kiné le lendemain, pour un petit massage au niveau de la péridurale. J'ai eu une IMG à 32 semaines. Je pense que cette équipe m'a fait vivre mon plus bel accouchement, celui de mon ange.”

“On m'avait conseillé d'acheter quelque chose qui me ferait penser à mon bébé, que je pourrais porter à la sortie de l'hôpital. Pour ma part, j'ai acheté un pendentif, ce qui m'a permis de garder une continuité. L'équipe soignante qui m'a accompagnée m'a également offert un petit porte-clés. J'ai beaucoup apprécié ce présent.”

“Je n'ai pas connu l'IMG mais j'ai subi une interruption naturelle de grossesse à 16 semaines en janvier. Je me forme pour devenir doula et je suis entourée de femmes qui sont mes doulas — et sans elles, je n'en serais pas là. Je dirais donc, sans hésiter, de se rapprocher des doulas qui accompagnent le deuil, en parallèle d'un suivi psy et d'autres méthodes. Pour ma part, j'ai fait de la kinésiologie, je compte consulter mon ostéopathe pour redonner du mouvement doux à mon corps, et j'ai eu un soin pour évacuer l'empreinte énergétique de ma fille ce week-end. Chaque parcours est différent, chaque famille a ses besoins, ses croyances et ses ressources. Et ce genre d'article, c'est vraiment une belle idée pour venir en aide aux personnes qui font face à ce deuil.”

“Après une IMG à 37 semaines, j’aurais aimé être préparée aux choix difficiles que j’allais faire le jour même. Être préparée pour le “après” avec le corps de mon fils.”


Ce que Rose Care propose

Si tu traverses ou as traversé une interruption médicale de grossesse, tu n'as pas à porter cela seul·e. Rose Care met à disposition des ressources pour comprendre ce que tu vis, ainsi que des parcours de groupe pour celles et ceux qui souhaitent en parler avec d'autres parents qui comprennent, sans avoir à tout expliquer.

** Les informations médicales de cet article ont été vérifiées par Amandine Borde, sage-femme et membre du comité scientifique de Rose Care.**

Sources :

Fédération Française des Centres Pluridisciplinaires de Diagnostic PréNatal : https://www.ffcpdpn.fr/

CHU de Montpellier — Centre Pluridisciplinaire de Diagnostic Prénatal, Livret d'informations à l'usage des parents sur l'Interruption Médicale de Grossesse,https://www.chu-montpellier.fr

Réseau Périnatalité Bretagne, Deuil périnatal et soins palliatifs

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