Journaling et deuil périnatal : écrire quand les mots manquent
Après la perte d'un bébé, il y a souvent tout ce qu'on n'arrive pas à dire. Le journaling, cette pratique qui consiste à écrire pour soi, sans destinataire ni règle, est l'un des appuis vers lesquels certains parents se tournent dans le deuil périnatal. Pas parce qu'il faudrait écrire, mais parce que le papier accueille parfois ce que personne autour de toi ne semble pouvoir entendre.
Pourquoi écrire dans le deuil périnatal quand les mots manquent
Le deuil périnatal est souvent un deuil que le monde extérieur ne reconnaît pas. Les proches ne savent pas quoi dire, se taisent, ou lancent des phrases qui blessent plus qu'elles n'apaisent. Les travaux de Françoise Debois sur l'accompagnement du deuil périnatal décrivent ce silence et ces réactions comme une « double peine » pour les parents, qui portent alors leur peine sans espace où la déposer.
Écrire ouvre un de ces espaces. Un carnet ne t'interrompt pas, ne compare pas ta perte à une autre, ne te presse pas de te sentir mieux. Tu peux y déposer ce qui déborde, à l'heure où ça déborde, y compris à 3h du matin quand la maison dort. Beaucoup de parents disent d'ailleurs qu'il leur est plus facile d'écrire que de parler : mettre une chose sur le papier, c'est parfois la seule manière de commencer à la regarder.
Ce que l'écriture expressive peut apporter
Depuis les années 1980, un large courant de recherche en psychologie s'intéresse à l'écriture expressive : écrire, sur plusieurs séances, ses émotions et ses pensées profondes à propos d'une expérience difficile. Ce champ a d'ailleurs pris naissance dans l'étude du deuil. La revue de synthèse d'Annie Piolat et Rachid Bannour recense quatre façons dont l'écriture pourrait agir, que l'on retrouve, en langage plus simple, sous la plume de praticiennes comme la psychologue Céline Schmitz :
Ne plus enfouir. Face à une expérience douloureuse, on a souvent le réflexe de refouler ce qu'on ressent. Écrire permet de relâcher cet effort de mise sous silence, qui peut coûter cher à la longue.
Donner du sens. En mettant l'expérience en récit, on l'organise, on la regarde autrement, on l'intègre peu à peu. Ce n'est pas le fait de vider ses émotions qui aide, mais celui de construire quelque chose de cohérent avec elles.
S'apaiser par la répétition. Revenir par écrit, plusieurs fois, sur ce qui fait mal peut atténuer l'intensité de la réaction, un peu comme une émotion qu'on apprivoise en la fréquentant.
Alléger les ruminations. Poser les pensées qui tournent en boucle peut, chez certains, en réduire la fréquence et le poids.
Écrire ne fait pas disparaître la perte. Ça ne raccourcit pas le deuil, ça ne le répare pas. Ce que l'écriture peut offrir, c'est un endroit à toi où ce que tu ressens a le droit d'exister tel quel. Et c'est un outil, pas un soin : ce contenu est informatif, il ne remplace pas un accompagnement médical ou psychologique.
Des formes d'écriture qui n'attendent rien de toi
Il n'existe pas de bonne façon d'écrire son deuil. Voici quelques formes vers lesquelles des parents endeuillés se tournent, à prendre ou à laisser :
La lettre à ton bébé. Lui écrire ce que tu n'as pas pu lui dire, lui donner une place. Debois cite ce geste parmi les rituels que les parents s'inventent pour continuer à tisser ce lien.
Le récit de ton histoire. Écrire ce qui s'est passé, dans l'ordre ou le désordre, pour poser les faits et ce qu'ils ont provoqué en toi.
Le carnet libre. Pas de sujet, pas de plan. Trois mots un jour, trois pages un autre.
Quelques repères pratiques, si l'envie vient : un moment calme, une quinzaine de minutes, sans te soucier de l'orthographe ni du style. Ce n'est pas une performance, personne ne te lira. L'idée est seulement d'être honnête avec toi-même.
Quand le journaling ne soulage pas
L'écriture n'est pas un appui pour tout le monde, et la recherche elle-même invite à la prudence. Plusieurs méta-analyses ont nuancé la force de ses effets, et certaines observent que le bénéfice est le moins net justement chez les personnes traversant une détresse importante. Autrement dit, le journaling peut accompagner, mais il ne se substitue jamais à un soutien quand la souffrance est vive.
Chez certaines personnes, revenir sans cesse par écrit sur la douleur peut aussi l'entretenir plutôt que l'alléger. Si tu remarques qu'écrire t'enfonce, tu as le droit de poser le carnet. Ce n'est pas un échec : c'est que cet outil-là n'est pas le tien, ou pas maintenant.
Si ce que tu traverses devient trop lourd, si les pensées sombres s'installent, tu n'as pas à rester seul·e avec ça. Un·e professionnel·le peut t'aider. En cas de détresse, le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement, 24h/24.
Ce que Rose Care propose
Chez Rose Care, on ne te dira jamais qu'il faut écrire, ni comment, ni à quel rythme. Mais si l'écriture est un appui qui te ressemble, l'application intègre un journal, pensé exactement pour ça.
Tu peux l'utiliser en mode libre : la page blanche, ce qui vient quand ça vient. Ou en mode guidé, avec des propositions douces qui t'aident à commencer les jours où les mots ne se présentent pas seuls.
Ce journal peut aussi devenir un appui entre deux rendez-vous, par exemple dans le cadre d'un suivi psy. Dans les premiers temps du deuil, on est souvent dans le brouillard. Un jour de répit peut donner l'impression que ça va mieux, à toi comme à la personne qui t'accompagne, alors que ce n'est qu'une accalmie. En relisant tes entrées, tu peux retrouver ce que tu voulais vraiment dire, ce qui pesait les jours d'avant, sans que ça se perde dans le flou du moment.
Et si l'écriture ne suffit pas, d'autres appuis existent : des ressources sur les rituels de mémoire et des associations vers qui te tourner.
Sources :
A. Piolat, R. Bannour, « Les effets de l'écriture expressive sur la santé physique et psychologique des rédacteurs : un bilan, des perspectives de recherches », Revue européenne de psychologie appliquée, vol. 61, 2011, p. 101-113.
Françoise Debois, « La mort au début de la vie : comprendre les spécificités du deuil périnatal pour mieux accompagner les parents dans la traversée du deuil de leur tout-petit », Jusqu'à la mort accompagner la vie (JALMALV), n°154, septembre 2023, p. 107-114, Presses universitaires de Grenoble.
J. W. Pennebaker, S. K. Beall, « Confronting a traumatic event: toward an understanding of inhibition and disease », Journal of Abnormal Psychology, vol. 95, n°3, 1986, p. 274-281.
Céline Schmitz, « Le journaling : pourquoi ma psy me demande toujours d'écrire ? », cs-psychologue-montreal.ca, 2024 (éclairage de praticienne).