Emma, maman d'Andréa, né à 25sa+3
Emma est la maman d'Andrea, né à 25 semaines et 3 jours après une grossesse sans encombre. Accouchement prématuré en urgence, deux semaines de réanimation, puis la décision la plus difficile qui soit : elle raconte ce qui a suivi, et ce qui l'aide à tenir dix mois plus tard.
Une grossesse vécue sereinement, jusqu'au deuxième trimestre
Ma grossesse était parfaite, nous étions ravis d'accueillir notre premier bébé avec mon mari. Mis à part la fatigue du 1er trimestre et le stress avant les échos, tout allait bien, j'adorais être enceinte et voir mon ventre s'arrondir de jours en jours. Le cauchemar a commencé à la T2, mon col s'était raccourci et on a observé une contraction pendant l'écho. Je ne les sentais pas et pourtant elles étaient bien présentes et agissaient sur mon col. J'ai été transférée aux urgences, qui n'ont pas pris la situation au sérieux, je n'ai pas insisté car je n'y connaissais rien, c'est un choix que je regrette encore aujourd'hui car peut-être que mon fils serait présent auprès de nous.
J'ai été mise au repos en attendant un nouveau contrôle deux semaines plus tard. Verdict, mon col était ouvert à 1, transfert en maternité de niveau 3 pour menace d'accouchement prématuré. J'ai eu les piqûres pour la maturation des poumons de bébé et une cure afin de stopper les contractions. Cure qui n'a pas fonctionné car j'ai rompu la poche, bébé commençait à être en souffrance et nous sommes partis en césarienne.
Deux semaines de réanimation, jusqu'au dernier souffle d'Andrea
Nous avons passé deux semaines en réanimation, jour et nuit, à veiller sur notre petit garçon. Nous avons eu la chance de le prendre en peau à peau, d'entendre ses petits cris et le voir ouvrir les yeux pour la première fois. La réanimation était éprouvante, la peur constante, les vraies montagnes russes comme les soignants nous le répétaient. Il y a eu des jours joyeux avec des bonnes nouvelles, puis d'autres beaucoup plus sombres.
Puis un jour en fin de journée, les médecins nous prennent à part et nous expliquent qu'il fait une hémorragie cérébrale. Que les conséquences seront nombreuses s'il survivait (ce qui n'était pas une certitude), handicap lourd, non verbal… Dans ce cas, ils sont en droit de stopper les soins. Le monde nous est tombé sur la tête, je ne me souviens pas vraiment de ce moment, à part nos pleurs et le sentiment de vide. Nous avons donc dû débrancher notre bébé, le prendre dans nos bras et attendre qu'il pousse son dernier souffle.
Les jours qui ont suivi ont été durs, un mélange de tristesse, d'injustice, de colère envers mon corps, envers la vie, tout. Les visites à la morgue, l'organisation des obsèques, tant de choses que je n'aurais jamais imaginé vivre. Puis le retour à la maison, enlever les affaires qu'on avait achetées pour lui et retourner à notre vie avec ce manque constant et cette impression que tout est faux, qu'on va se réveiller et que tout sera effacé. Nous étions dans le déni les premiers temps.
Ce que cette perte a changé, dans mon corps et ma vision de la vie
Après, nous avons appris à vivre avec, à organiser notre vie autour de ce deuil, ce n'était pas évident mais nous avons réussi à deux, comme nous l'avions promis à Andrea. Nous avons cherché des raisons médicales, des solutions pour une prochaine grossesse. Nous sommes partis en vacances pour nous ressourcer, passer du temps tous les deux hors de notre vie de tous les jours.
J'avais peur de tout, des maladies, des accidents, de tout scénario catastrophe qui aurait pu arriver à ceux que j'aime, car on se dit toujours que le malheur n'arrive qu'aux autres, mais quand ça nous touche de plein fouet, notre vision change. J'ai appris à porter moins d'importance aux choses futiles, à dire non lorsque quelque chose ne me convenait pas même si cela pouvait froisser la personne en face. Je dirais que ma vision de la vie a changé, je sais à quel point elle est fragile et qu'il faut en profiter.
Le soutien qui a manqué, les mots qui ont blessé
J'aurais eu besoin d'avoir du soutien du corps médical principalement, ce qui n'a pas toujours été le cas. La maladresse des autres peut faire extrêmement mal, je ne compte plus les « tu auras d'autres enfants », « tu es jeune ça ira », « c'est une fausse couche tardive », « il faut attendre 2 ou 3 évènements similaires avant qu'on fasse un cerclage ». Ces phrases ont été traumatisantes pour nous, et c'est triste à dire, mais on s'y est habitués. Aujourd'hui, je n'en prends plus compte, ou du moins j'essaie.
L'amour qui a tenu, la promesse faite à Andrea
Ce qui nous a permis de tenir est l'amour qu'on a l'un pour l'autre, ça ne nous a pas éloignés, au contraire, ça nous a encore plus rapprochés. Nous nous sommes accrochés à cette promesse faite à notre fils, que tout irait bien et qu'on se relèverait toujours, pour lui.
Aujourd'hui, cela fera bientôt 10 mois, je dirai qu'on a traversé beaucoup d'étapes, de périodes plus tristes et d'autres plus joyeuses. Je ne vis plus forcément avec cette culpabilité, qui était très présente au début, je sais aujourd'hui que j'ai fait tout ce que je pouvais pour lui, que j'aurais donné ma vie pour lui. J'ai beaucoup échangé avec des femmes ayant vécu la même histoire, ça m'a fait énormément de bien, car même si nos proches sont présents pour nous, ils ne savent pas toujours comment agir, quoi dire. Tant qu'on ne l'a pas vécu, je pense que c'est difficile.
Échanger avec ces mamans m'a permis de voir la lumière au bout du tunnel, de garder espoir pour l'avenir. Je sais que notre fils nous protège et qu'il est toujours parmi nous, dans les signes du quotidien, dans nos cœurs.